Le Synode de Montfleury
(Noël 1997)

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Notre Église a fêté cette année avec éclat le 75ème anniversaire du fameux Synode de Montfleury, tenu sous la présidence du Mgr Caillot les 31 août et 1er septembre 1922. Cent trente-quatre prêtres avaient été convoqués pour revois les statuts synodaux datant de 1863, dans le climat de combative euphorie des débuts du pontificat le plus long du XXème siècle grenoblois. Si je ne m'abuse, ce fut l'antépénultième synode de notre diocèse. J'en livre à vos yeux éblouis la substantifique moëlle.


Art. 24, n°3 : "Ils [les prêtres] se prescriront un règlement de vie, où soient mentionnées en détail la place et l'heure des diverses occupations de leur journée, se conformant, autant que le comportent les exigences du ministère, au règlement du Séminaire, soit pour la nature, soir pour l'ordre des exercices."

Art. 26 : "S'il en était [des prêtres] qui ne répondissent pas à la convocation officielle à la Retraite [des prêtres du diocèse], ils seraient, en cas de récidive, passibles de suspense."

Art. 35
: "Nous maintenons l'obligation imposée aux jeunes prêtres dans les statuts précédents de subir pendant cinq années consécutives après leur ordination les examens sur les matières ecclésiastiques devant une commission nommée par Nous."

Art. 36
: "Le registre contenant les notes des divers examens restera déposé à l'Évêché, et il sera tenu de ces notes un compte sérieux, quand il s'agira du placement des prêtres."

Art. 42, n°5
: "Les prêtres ne confesseront jamais leur domestique."
n°7 : "Ils ne l'admettront jamais à leur table."

Art. 45, n°2
: "Nul [prêtre] ne portera la barbe sans Notre autorisation."
n°5 : "Nous recommandons à Nos prêtres de n'user de la bicyclette que modérément et seulement pour les besoins du ministère."

Art. 50, n°4
: "Nous défendons à Nos prêtres, sans une autorisation de Notre part, d'assister aux repas de noce ou de baptême."
n°5 : "Nous les engageons à s'abstenir de tabac et Nous leur interdisons de fumer en public."

Art. 54
: "Nous défendons aux curés, vicaires et aumôniers, de s'ingérer dans les affaires purement commerciales et administratives et de prendre parti, surtout en période électorale, dans leurs prônes et instructions, pour une opinion ou un homme politique."

Art. 83
: "En vertu d'un décret de la Sacrée Congrégation Consistoriale [aujourd'hui Congrégation pour les évêques, NDLR] du 25 octobre 1912 [...], pouvoir a été accordé aux Ordinaires, lorsqu'il n'y a pas suffisamment de prêtres pour chaque paroisse, de confier deux ou même trois paroisses au même curé et de transférer celui-ci à la paroisse la plus centrale."

Art. 89
: "Les prêtres qui négligent, malgré les rappels, la tenue ou l'envoi des Registres de Baptême, Mariage et Sépulture, sont passibles d'une suspense."

Art. 93
: "Nous recommandons vivement aux Curés de tenir un Livre de Paroisse qui contiendra : 1) un coutumier paroissial mentionnant les fêtes particulières, les usages approuvés ou immémoriaux non improuvés [...] ; 2) des notices historiques qu'ils auront à cœur de recueillir avec zèle et sincérité sur la paroisse, son antiquité, ses monuments et traditions [...]."

Art. 98
: "Les Curés de leur côté n'oublieront pas que, si leurs Vicaires sont leurs inférieurs dans l'exercice des fonctions pastorales, ils sont leurs égaux dans le sacerdoce. Ils les aimeront et les traiteront avec la bienveillance et les égards qui sont dus à des confrères. [...] Quand ils auront à leur adresser quelque avertissement, ils le feront avec prudence et avec tous les ménagements de la charité. Ce ne sera jamais en public, jamais lorqu'ils seront trop émus, jamais en des termes qui sentiraient la dureté ou le mépris."

Art. 137
: "Les prêtres veilleront à ce que l'enfant reçoive [au baptême] un nom chrétien ; s'ils ne peuvent l'obtenir, ils ajouteront eux-mêmes un nom de saint à celui que les parents imposent."

Art. 161
: "Qu'ils prennent gardent de ne célébrer [la Messe] ni avec une précipitation qui scandalise, ni avec une lenteur qui lasse la piété des fidèles. La mesure convenable, que recommande l'auteur de l'Imitation, comme on le sait, consiste à ne pas mettre moins de 20 minutes ni plus d'une demi-heure à la célébration d'une Messe basse ordinaire."

Art. 222, n°4
: [La recherche des vocations au sacerdoce] "On examinera si les enfants ne présentent dans leur origine aucune hérédité vicieuse, aucune tare physique ou mentale ; s'ils ont des inclinations vertueuses, les prémices d'un jugement droit et d'un caractère généreux ; enfin s'ils annoncent les aptitudes intellectuelles suffisantes."

Art. 289, n°1
: "Notre désir formel est de voir rétablir dans toutes les paroisses l'usage de la Messe chantée tous les dimanches ; Nous faisons donc appel au zèle de Messieurs les Curés." [NDLR : Le Père Bellon, consulté, a mentionné le fait que beaucoup de prêtres étaient restés fort attachés aux mélodies grégoriennes de "style viennois", en usage dans le diocèse avant que le grégorien "romain" ne fût imposé. Il faudrait voir dans la désertion de la Messe chantée une muette protestation contre l'abandon de mélodies anciennes quoique d'une pureté grégorienne discutable.]

Art. 299
: "L'usage du phonographe est absolument interdit dans les lieux consacrés au culte."

Art. 300
: "La prononciation romaine du latin est désormais officiellement adoptée dans le diocèse."

Art. 321
: "Il convient que le catéchiste soit revêtu du surplis pour inspirer aux enfants plus de respect."

Art. 331, n°4
: "L'usage introduit en quelques endroits d'annoncer les sermons dans les journaux ou par des prospectus, afin d'attirer les auditeurs et de faire ensuite l'éloge du Prédicateur, est en tous points condamnable."

Art. 344
: "Le Droit recommande [...] que les Supérieurs et Professeurs des Séminaires transmettent aux élèves les règles de la bonne éducation et de la civilité chrétienne, notamment en ce qui concerne les bonnes manières dans la conversation, la correspondance épistolaire, les visites, repas, etc."




Quelques remarques s'imposent. Il est évident que beaucoup de chemin a été parcouru depuis 1922, et que bien des prescriptions semblent se référer à une époque révolue. En même temps, nous voyons ici l'expression d'une société miniature (le presbyterium autour de son évêque) où l'on vit une forte présence de l'autorité, s'appuyant sur des règlements assez contraignants (art. 45, 50...) ; la crise de l'autorité n'est pas encore à l'ordre du jour.

Cependant, il est aisé de constater que nombre de nos préoccupations sont déjà bien présentes dans la sollicitude pastorale du Synode : la place dans la politique, le manque de prêtres (!), la fraternité entre prêtres, la déchristianisation de la société (art. 137), etc. A cet égard, les prêtres de Grenoble étaient dès cette époque confrontés aux problèmes qui nous occupent aujourd'hui : ils'agit d'une évolution en profondeur dans les mentalités dont nous devons être conscients pour éviter les solutions à courte vue.

Jean-Philippe Goudot