Notre Église a fêté cette année
avec éclat le 75ème anniversaire du fameux Synode
de Montfleury, tenu sous la présidence du Mgr Caillot les
31 août et 1er septembre 1922. Cent trente-quatre prêtres
avaient été convoqués pour revois les statuts
synodaux datant de 1863, dans le climat de combative euphorie
des débuts du pontificat le plus long du XXème siècle
grenoblois. Si je ne m'abuse, ce fut l'antépénultième
synode de notre diocèse. J'en livre à vos yeux éblouis
la substantifique moëlle.
Art. 24, n°3 : "Ils [les prêtres] se
prescriront un règlement de vie, où soient mentionnées
en détail la place et l'heure des diverses occupations
de leur journée, se conformant, autant que le comportent
les exigences du ministère, au règlement du Séminaire,
soit pour la nature, soir pour l'ordre des exercices."
Art. 26 : "S'il en était [des prêtres]
qui ne répondissent pas à la convocation officielle
à la Retraite [des prêtres du diocèse], ils
seraient, en cas de récidive, passibles de suspense."
Art. 35 : "Nous maintenons l'obligation imposée
aux jeunes prêtres dans les statuts précédents
de subir pendant cinq années consécutives après
leur ordination les examens sur les matières ecclésiastiques
devant une commission nommée par Nous."
Art. 36 : "Le registre contenant les notes des divers
examens restera déposé à l'Évêché,
et il sera tenu de ces notes un compte sérieux, quand il
s'agira du placement des prêtres."
Art. 42, n°5 : "Les prêtres ne confesseront
jamais leur domestique."
n°7 : "Ils ne l'admettront jamais à leur
table."
Art. 45, n°2 : "Nul [prêtre] ne portera la
barbe sans Notre autorisation."
n°5 : "Nous recommandons à Nos prêtres
de n'user de la bicyclette que modérément et seulement
pour les besoins du ministère."
Art. 50, n°4 : "Nous défendons à Nos
prêtres, sans une autorisation de Notre part, d'assister
aux repas de noce ou de baptême."
n°5 : "Nous les engageons à s'abstenir
de tabac et Nous leur interdisons de fumer en public."
Art. 54 : "Nous défendons aux curés, vicaires
et aumôniers, de s'ingérer dans les affaires purement
commerciales et administratives et de prendre parti, surtout en
période électorale, dans leurs prônes et instructions,
pour une opinion ou un homme politique."
Art. 83 : "En vertu d'un décret de la Sacrée
Congrégation Consistoriale [aujourd'hui Congrégation
pour les évêques, NDLR] du 25 octobre 1912 [...],
pouvoir a été accordé aux Ordinaires, lorsqu'il
n'y a pas suffisamment de prêtres pour chaque paroisse,
de confier deux ou même trois paroisses au même curé
et de transférer celui-ci à la paroisse la plus
centrale."
Art. 89 : "Les prêtres qui négligent, malgré
les rappels, la tenue ou l'envoi des Registres de Baptême,
Mariage et Sépulture, sont passibles d'une suspense."
Art. 93 : "Nous recommandons vivement aux Curés
de tenir un Livre de Paroisse qui contiendra : 1) un coutumier
paroissial mentionnant les fêtes particulières, les
usages approuvés ou immémoriaux non improuvés
[...] ; 2) des notices historiques qu'ils auront à cur
de recueillir avec zèle et sincérité sur
la paroisse, son antiquité, ses monuments et traditions
[...]."
Art. 98 : "Les Curés de leur côté
n'oublieront pas que, si leurs Vicaires sont leurs inférieurs
dans l'exercice des fonctions pastorales, ils sont leurs égaux
dans le sacerdoce. Ils les aimeront et les traiteront avec la
bienveillance et les égards qui sont dus à des confrères.
[...] Quand ils auront à leur adresser quelque avertissement,
ils le feront avec prudence et avec tous les ménagements
de la charité. Ce ne sera jamais en public, jamais lorqu'ils
seront trop émus, jamais en des termes qui sentiraient
la dureté ou le mépris."
Art. 137 : "Les prêtres veilleront à ce
que l'enfant reçoive [au baptême] un nom chrétien
; s'ils ne peuvent l'obtenir, ils ajouteront eux-mêmes un
nom de saint à celui que les parents imposent."
Art. 161 : "Qu'ils prennent gardent de ne célébrer
[la Messe] ni avec une précipitation qui scandalise, ni
avec une lenteur qui lasse la piété des fidèles.
La mesure convenable, que recommande l'auteur de l'Imitation,
comme on le sait, consiste à ne pas mettre moins de 20
minutes ni plus d'une demi-heure à la célébration
d'une Messe basse ordinaire."
Art. 222, n°4 : [La recherche des vocations au sacerdoce]
"On examinera si les enfants ne présentent dans leur
origine aucune hérédité vicieuse, aucune
tare physique ou mentale ; s'ils ont des inclinations vertueuses,
les prémices d'un jugement droit et d'un caractère
généreux ; enfin s'ils annoncent les aptitudes intellectuelles
suffisantes."
Art. 289, n°1 : "Notre désir formel est de
voir rétablir dans toutes les paroisses l'usage de la Messe
chantée tous les dimanches ; Nous faisons donc appel au
zèle de Messieurs les Curés." [NDLR : Le Père
Bellon, consulté, a mentionné le fait que beaucoup
de prêtres étaient restés fort attachés
aux mélodies grégoriennes de "style viennois",
en usage dans le diocèse avant que le grégorien
"romain" ne fût imposé. Il faudrait voir
dans la désertion de la Messe chantée une muette
protestation contre l'abandon de mélodies anciennes quoique
d'une pureté grégorienne discutable.]
Art. 299 : "L'usage du phonographe est absolument interdit
dans les lieux consacrés au culte."
Art. 300 : "La prononciation romaine du latin est désormais
officiellement adoptée dans le diocèse."
Art. 321 : "Il convient que le catéchiste soit
revêtu du surplis pour inspirer aux enfants plus de respect."
Art. 331, n°4 : "L'usage introduit en quelques endroits
d'annoncer les sermons dans les journaux ou par des prospectus,
afin d'attirer les auditeurs et de faire ensuite l'éloge
du Prédicateur, est en tous points condamnable."
Art. 344 : "Le Droit recommande [...] que les Supérieurs
et Professeurs des Séminaires transmettent aux élèves
les règles de la bonne éducation et de la civilité
chrétienne, notamment en ce qui concerne les bonnes manières
dans la conversation, la correspondance épistolaire, les
visites, repas, etc."
Quelques remarques s'imposent. Il est évident que beaucoup
de chemin a été parcouru depuis 1922, et que bien
des prescriptions semblent se référer à une
époque révolue. En même temps, nous voyons
ici l'expression d'une société miniature (le presbyterium
autour de son évêque) où l'on vit une forte
présence de l'autorité, s'appuyant sur des règlements
assez contraignants (art. 45, 50...) ; la crise de l'autorité
n'est pas encore à l'ordre du jour.
Cependant, il est aisé de constater que nombre de nos préoccupations
sont déjà bien présentes dans la sollicitude
pastorale du Synode : la place dans la politique, le manque de
prêtres (!), la fraternité entre prêtres, la
déchristianisation de la société (art. 137),
etc. A cet égard, les prêtres de Grenoble étaient
dès cette époque confrontés aux problèmes
qui nous occupent aujourd'hui : ils'agit d'une évolution
en profondeur dans les mentalités dont nous devons être
conscients pour éviter les solutions à courte vue.
Jean-Philippe Goudot